Yann et nous
Dans un éditorial précédent nous avons mis en cause avec une certaine pugnacité Yann Arthus-Bertrand. Le réalisateur de Home était en effet intervenu auprès du cabinet du chef de l’Etat pour faire déplacer le salon de la chasse qui devait se tenir dans le parc du château de Rambouillet. Yann Arthus-Bertrand a d’abord demandé le droit de réponse que lui accorde la loi, puis il a accepté de nous recevoir et de répondre à nos questions. Vous lirez cette interview en page 22. C’est la première fois qu’il accorde un entretien à un journal cynégétique. Ancien chasseur, il explique pourquoi il a renoncé à cette passion pour se consacrer à la défense de l’environnement. L’homme nous a semblé ouvert, sincère, désireux de jeter des passerelles entre les uns et les autres. Evidemment nous ne pouvons pas le suivre quand il affirme que les travaux risquaient de dégrader la biodiversité dans le parc du château. On risquait tout au plus d’écraser quelques vers de terre, une poignée de cloportes et trois chenilles. En outre, Pierre-Emmanuel Roubaud, organisateur du salon, l’affirme dans une lettre intitulée : « Contre vents et marées… » adressée à tous les exposants présents à Rambouillet

« l’autorisation officielle avait été donnée après des semaines de travail avec les services de l’Etat et la réalisation des études de terrain… les travaux débutent sous les encouragements des plus hautes autorités de l’État français qui se félicite de ce projet… intervention avec l’Élysée… ; 30 décembre, l’ordre de suspendre définitivement les travaux tombe… plonge les organisateurs du salon dans un très grand désarroi… ». Evidemment, on  sent aussi le photographe pris en otage par ces groupuscules écologiques intégristes prêts à s’enchaîner pour un oui pour un non. Sans cesse sollicité, on lui demande d’apporter sa caution à des causes souvent dénuées de fondement. Sur la chasse, il n’est pas forcément très à l’aise non plus dans la mesure où nombre de ses compagnons de combat y sont résolument hostiles. Nous ne sommes malheureusement pas aux Etats-Unis ou au Canada où l’ornithologue sort volontiers son fusil pour aller chasser le dimanche sans que cela émeuve qui que ce soit. Foin de sensibilité individuelle, la seule question à se poser est celle-ci : globalement la chasse a-t-elle un impact positif sur la faune sauvage ? La réponse est « oui ». Et Yann Arthus-Bertrand l’admet : « je reconnais les aspects positifs d’une pratique dans la mesure où elle contribue à rétablir les milieux naturels et à préserver les espèces ». Même sentiment à propos de la tauromachie qu’il n’aime pas mais dont il reconnaît les aspects positifs à la fois pour la défense d’une race et celle de vastes zones naturelles. C’est la raison pour laquelle il ne signe pas les pétitions abolitionnistes. Une attitude qui a au moins le mérite de  trancher sur l’idéologie venimeuse de certains de ses collègues.


Eric Joly

 
 
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